Le Monde Minéral (Pierre Teilhard de Chardin)

Le Monde qui cristallise.

Dans une première direction, la plus commune de beaucoup, l’énergie

terrestre a tendu, dès le principe, à s’exhaler et à se libérer. Silice, Eau, Gaz carbonique: ces oxydes essentiels s’étaient formés en brûlant et en neutralisant (soit seuls, soit en association avec d’autres corps simples) les affinités de leurs éléments. Suivant ce schème prolongé est née progressivement la riche variété du « Monde Minéral ».

Le Monde Minéral.

Monde beaucoup plus souple et mouvant que ne pouvait le soupçonner l’ancienne Science : vaguement symétrique à la métamorphose des êtres vivants, nous connaissons maintenant, dans les roches les plus solides, une perpétuelle transformation des espèces minérales.

Mais Monde relativement pauvre dans ses combinaisons (nous ne connaissons en tout et pour tout, au dernier recensement, que quelques centaines de silicates dans la Nature), parce qu’étroitement limité dans l’architecture interne de ses éléments.

Ce qui caractérise, « biologiquement » pourrait-on dire, les espèces minérales, c’est, pareilles en cela à tant d’organismes incurablement fixés, d’avoir pris un chemin qui les fermait prématurément sur elles-mêmes. Par structure native, leurs molécules sont inaptes à grossir. Pour grandir et s’éten- dre, celles-ci doivent donc en quelque façon sortir d’elles-mêmes, et recourir à un subterfuge purement externe d’association: s’accoler et s’enchaîner atomes à atomes, sans se fondre ni s’unir vraiment. Tantôt elles se mettent en files, comme dans le jade. Tantôt elles s’étalent en plans, comme dans le mica. Tantôt elles se forment en quinconces solides, comme dans le grenat.

Ainsi prennent naissance des groupements réguliers, à composition souvent très élevée, et ne correspondant p.68 pourtant à aucune unité

proprement centrée. Simple juxtaposition, sur un réseau géométrique, d’atomes ou de groupements atomiques relativement peu compliqués. Une mosaïque indéfinie de petits éléments, telle est la structure du cristal, lisible maintenant, grâce aux rayons X, sur la photographie. Et telle est l’organisation, simple et stable, qu’a dû adopter, dès l’origine, dans l’ensemble, la Matière condensée qui nous entoure.

Considérée dans la masse principale, la Terre, aussi loin que nous puissions la voir en arrière, se voile de géométrie. Elle cristallise.

Mais pas tout entière.

Extrait de : Pierre TEILHARD de CHARDIN — Le Phénomène humain

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